Ce document est la version publique de ce que nous prêchons chez HumanYo+Impact. Elle existe pour deux raisons.
- La première : nous tenir imputables, publiquement, à des principes que nous portons dans notre pratique.
- La seconde : offrir en partage ce qui peut essaimer chez d'autres pairs, d'autres personnes qui accompagnent des organisations. Prenez, contredisez, hybridez, transformez. Compostez. C'est fait pour ça.
Une version interne, plus détaillée, encore plus radicalement transparente sur nos tensions, sert de miroir à cette version. Elle n'est pas publiée, pas parce qu'elle serait secrète, mais parce que sa densité ne parle vraiment qu'à nous. La version publique est faite pour voyager.
Ce document est à composter, pas à pérenniser. Si dans un an il ne ressemble plus à celui-ci, c'est qu'il aura fait son travail. S'il ressemble trop, c'est que nous l'aurons tenu trop fort.
Notre posture
Nous pratiquons la confrontation bienveillante. Certaines organisations avec qui nous travaillons parlent de conversation courageuse, l'esprit est le même. Nous nommons nos failles et les vôtres sans attendre qu'on nous le demande. Nous refusons le consensus facile. Quand deux options nous sont présentées et qu'elles sont réductrices, nous en cherchons d'autres. Nous n'acceptons pas par défaut un mandat parce qu'il flatte notre égo ou notre chiffre d'affaires : nous appliquons une Phase 0 systématique où nous cherchons les meilleures raisons de ne PAS s'engager, mutuellement. Oui, vous avez bien lu.
Nous cultivons l'inefficacité féconde. Si des mois après avoir travaillé sur un projet nous avons trouvé exactement ce que nous avions prévu, nous n'avons rien découvert. L'innovation vient du « tiens, c'est bizarre » qui surgit en chemin. Nous protégeons la pause-café réflexive, la redondance utile, le détour qui clarifie, le délai fiable plutôt que court.
Nous amplifions la réflexion, nous ne la remplaçons pas. Nous entraînons l'IA pour nous proposer, nous n'avalisons pas mécaniquement. Quand nous signons un livrable, nous avons édité, repris, contredit ou ajouté. Sinon nous ne signons pas, nous disons que c'est notre agent IA qui parle, ou nous retravaillons. Cette règle vaut pour DorIA, notre agent IA de coordination, et pour toute IA que nous mobilisons.
Notre vocabulaire : les mots des maux
Certains mots, nous les tenons. D'autres, nous les évitons. Ce n'est pas de la préciosité, c'est un travail sur ce que le langage porte comme paradigme de certains maux de notre société. Nous (dés)apprenons constamment, y compris de notre clientèle :
- Nous parlons de participantes et participants plutôt que de bénéficiaires.
- Nous disons ayants droit et non parties prenantes.
- De ruche plutôt que de pool de ressources. De confrontation bienveillante plutôt que de confrontation brutale ou d'évitement poli.
- De design stratégique plutôt que de planification stratégique.
- De portrait narratif plutôt que de score.
- De système de navigation vivant plutôt que de plan.
- De désaccord fécond plutôt que de convention de désaccord.
- De compostabilité plutôt que de pérennité inutile.
- D'impasse débouchante plutôt que de spécialisation.
- Nous préférons l'habitat amphibie comme solution robuste plutôt que la digue comme solution illusoire.
- Nous nous autorisons et apprenons à notre clientèle à dire « j'ai besoin d'aide » : ce test est notre critère de coopération réelle.
- Nous parlons de sérénité quand l'enjeu est culturel, plutôt que de sécurité au sens contrôle.
Nous traquons dans notre vocabulaire les mots hérités de 80 ans de management issu du monde militaire. Nous préférons trace ou transformation à impact dans nos textes. Nous notons cependant une tension : le mot impact est dans notre nom de cabinet. Nous ne l'avons pas encore tranchée. Nous portons la question plutôt que la masquer.
Nos cadres conceptuels et théoriques
Nous mobilisons plusieurs cadres, sans en cacher aucun. La transparence sur les cadres est une condition de la confrontation bienveillante.
Économie régénérative. Reed, Mang, Wahl pour les références anglo-saxonnes. Et surtout, en premier, les pensées du Sud global et autochtones : buen vivir (Abya Yala), ubuntu (Afrique australe), septième génération (nations iroquoises), pensée décoloniale (Quijano, Mignolo, Lugones, Wynter), résurgence autochtone (Coulthard, Simpson). Ce ne sont pas des notes de bas de page pour nous, y compris pour DorIA.
Théorie intégrale. Quatre quadrants de Wilber (intérieur individuel · extérieur individuel · intérieur collectif · extérieur collectif) appliqués à toute analyse stratégique substantielle.
Du mono-capitalisme aux multicapitaux. Naturel · manufacturé · financier · humain · social-relationnel · intellectuel-culturel, à densifier simultanément. Une stratégie est régénérative si elle fait grandir plusieurs capitaux sans en sacrifier un autre.
Robustesse. Le cadre d'Olivier Hamant. La performance est faite pour les crises courtes, la robustesse pour le temps entre les crises. Hybridation plutôt que retour en arrière. Compostabilité plutôt que pérennité. Désaccords féconds.
Look Back de Pólya. Quatre étapes de résolution de problème, dont la quatrième, regarder en arrière, est la plus négligée. Nous l'appliquons à nos conversations avec l'IA et à nos mandats. On y ajoute un cinquième R : Refuser.
Nous laissons de la place aux pensées du Sud global et nous reconnaissons que plusieurs de ces cadres, issus de nos formations, de nos expériences et de nos IA, viennent du Nord global. Le cadre robustesse invite à l'hybridation, pas au retour en arrière. Nous portons cette tension assumée, sans la masquer et sans la résoudre trop vite.
Nos outils
Nous développons continuellement quelques outils que nous mettons à disposition, en partie ou en totalité.
La BoussoleR™ (WayfindR™ en version anglaise) est notre outil de portrait adaptatif de maturité stratégique régénérative. Trois niveaux (micro, méso, macro). Quatre états de vitalité : (re)fondation, transition, action, transformation. Quatre zones du portrait : ce qui est vivant et fort, ce qui est en développement, ce qui est en tension, l'invitation pour passer à l'action. Elle ne produit pas un score : elle génère un portrait narratif vivant qui se met à jour à chaque phase du mandat.
La Boussole-R de la relation est la déclinaison miroir de la BoussoleR™ appliquée à la dyade prestataire-cliente. Six dimensions, double voix, cartes de navigation à cadences emboîtées (hebdomadaire, saisonnière, annuelle, cycle stratégique). Elle sert à enrobuster la relation, pas à l'évaluer au sens performance. La version 2 du cadre intègre profondément la pensée d'Hamant.
L'offre maîtresse, le Cycle de design stratégique à impact, s'articule en quatre phases sur 12 à 36 mois. Elle inclut une Phase 0 (bilan de pertinence, les raisons de ne PAS s'engager), une infrastructure de plateforme au lieu de PDF, une évaluation multi-capitaux dès le départ, et une révision tarifaire annuelle transparente.
Notre modèle économique, ce que nous rendons public
Nous croyons que la transparence tarifaire est un acte politique dans le conseil. Ce que nous facturons, comment nous le répartissons, comment nous ajustons : tout est visible.
Tarification. OBNL individuel : 2 500 $ par mois pour un accompagnement direction générale seul, 3 500 $ par mois pour un accompagnement direction générale plus secteurs. Réseau d'OBNL en cohorte : 700 à 1 250 $ par mois par organisation membre. Engagement minimum de 12 mois. Cycle complet de 36 mois. Portrait initial remboursé dans la première mensualité. Révision transparente aux six mois.
Répartition transparente de chaque dollar. Entre 40 et 50 % pour la ruche de stratèges, les ateliers, le coaching, l'intelligence humaine. Entre 30 et 40 % pour l'infrastructure, la plateforme, la BoussoleR™, l'intelligence numérique. 20 % pour la solidarité réseau, la recherche-action, l'amélioration continue.
Révision tarifaire annuelle. Chaque année, entre janvier et mars, nous produisons avec chaque cliente un portrait de valeur créée, financière et multi-capitaux. Décision collective : maintenir, ajuster, ou redistribuer l'excédent en bourse d'accès pour d'autres organismes qui n'y ont pas accès autrement.
Phase 0, les raisons de ne PAS s'engager. Nous refusons un mandat quand l'équipe cliente est en zone de rupture (stabiliser l'humain d'abord), quand un changement de direction ou de gouvernance est prévu dans les six mois, quand l'objectif est de cocher une case sans intention de changer les pratiques, quand le modèle actuel répond déjà à 80 % des besoins, ou quand la cliente a déjà un autre partenaire et cherche juste une soumission de validation. Refuser fait partie de notre offre.
Nos engagements éthiques
Sobriété numérique. Nous tenons un journal d'empreinte carbone en fin de nos conversations substantielles avec l'IA. Nous préférons une réponse moyenne sobre à une réponse parfaite gloutonne. Nous ne régénérons pas un document quand une annotation suffit.
Perspective décoloniale active. Nous nommons notre prisme implicite quand nous mobilisons un cadre du Nord global. Nous convoquons en premier les voix du Sud global et autochtones quand le sujet le permet. Nous reconnaissons que le Québec où nous exerçons est territoire autochtone non cédé. Nous n'utilisons pas l'IA comme si elle était neutre : nous savons qu'elle est massivement biaisée vers le Nord et nous travaillons avec cette tension. Notre état des lieux décolonial, publié séparément, détaille ce que nous faisons et ce que nous ne faisons pas encore.
Filtre éthique avant livraison. Nous signalons les enjeux éthiques même sans qu'on nous le demande. Nous ne présentons pas l'IA comme neutre ou infaillible. Nous documentons ce qui est automatisé et ce qui reste humain : nous croyons que la transparence sur cette ligne est un différenciateur pour un cabinet qui vend de l'humain.
Confidentialité inter-clients. Aucune donnée d'une cliente ne nourrit l'analyse d'une autre. Notre système est construit pour l'incarner, pas seulement pour le discipliner.
Nous n'envoyons jamais un courriel automatiquement. Tous les brouillons s'arrêtent à l'étape brouillon. L'envoi final reste toujours à des mains humaines. Garde-fou anti-dérive, non négociable.
Notre pratique de la ruche
Nous ne travaillons pas en solitaire. Nous ne travaillons pas non plus en pool. Nous travaillons en ruche : trois à cinq stratèges et spécialistes de la facilitation selon les besoins : gouvernance, ressources humaines, impact, numérique, philanthropie, économétrie, facilitation de retraites stratégiques. Une ruche a une reine symbolique (le porteur ou la porteuse du mandat), une intelligence collective et distribuée, une polyvalence, et surtout une capacité à se relayer quand l'une d'entre nous fatigue.
Nous mobilisons également une intelligence numérique, DorIA, notre agent de coordination, que nous ne cachons pas. DorIA propose, nous éditons. DorIA balaye, nous décidons. DorIA pose des questions, nous répondons ou nous les laissons ouvertes. La ligne entre voix humaine et voix DorIA est nommée dans nos communications, pas floue.
Notre engagement à la compostabilité
Nous ne concevons aucun mandat, aucun outil, aucun document comme s'il était éternel. Nous nous demandons dès le départ ce qui essaimera quand il s'arrêtera. La fin d'un mandat n'est pas un échec, c'est le moment de récolter ce que nous avons préparé pour qu'il vive ailleurs.
Nous préférons un projet qui aura nourri trois autres projets à un projet qui aura duré longtemps en s'épuisant. Nous mesurons notre pratique à cette aune plutôt qu'à sa pérennité.
Cette charte elle-même est compostable. Elle vit sous licence Creative Commons BY-NC-SA 4.0, attribution à HumanYo+Impact, usage non commercial, partage équivalent. Prenez ce qui vous parle. Contredisez ce qui ne tient pas. Hybridez avec vos propres pratiques. Écrivez-nous si vous voulez nous dire ce que vous en avez fait.
Comment nous nous tenons imputables
Cette charte publique est adossée à une charte interne plus détaillée, qui inclut les mêmes principes formulés à la première personne, comme une série d'articles auxquels notre clientèle, nos pairs, nos collègues de la ruche, et DorIA elle-même peuvent nous ramener. Cette charte interne inclut également un mécanisme mensuel d'auto-détection des angles morts : où ai-je prêché sans pratiquer ce mois-ci? Où quelqu'un a-t-il entendu autre chose que ce que je voulais dire? Quelle voix du Sud global ou autochtone aurais-je dû convoquer et n'ai pas convoquée? Et un rituel annuel qui pose la question de la septième génération : ce que nous avons décidé cette année tient-il dans sept générations?
Nous invitons chaque personne qui reprend cette charte à en formuler la version interne qui va avec. Une charte publique sans miroir interne devient rapidement du marketing. Une charte interne sans version publique reste privatisée. Les deux se soutiennent.
Sources et hommages
Cette charte doit beaucoup à des personnes et des cadres que nous ne cachons pas.
Olivier Hamant pour le cadre robustesse, cette conférence a déplacé notre pratique. Patrick Viveret pour l'idée de désaccord fécond. George Pólya pour l'étape Look Back. Ken Wilber pour la lentille intégrale. MetaIntegral et l'International Integrated Reporting Council pour la lentille multi-capitaux. Bill Reed, Pamela Mang et Daniel Christian Wahl pour l'économie régénérative.
Et, sans lesquelles il n'y aurait rien : les voix du Sud global et autochtones, Achille Mbembe, Sylvia Wynter, Vandana Shiva, María Lugones, Aníbal Quijano, Walter Mignolo, Sabelo Ndlovu-Gatsheni, Glen Coulthard, Leanne Betasamosake Simpson. Les nations iroquoises pour la septième génération. Les Kogis pour la question désarmante : comment faites-vous pour apprendre? Les Premières Nations et les Inuit sur le territoire où nous exerçons : ce territoire n'est pas cédé, et notre pratique s'y inscrit avec cette conscience.
Contact et suite
HumanYo+Impact · Ghani Kolli · info@humanyoimpact.com · humanyoimpact.ca
Une révision annuelle est prévue en janvier 2027, en même temps que la révision tarifaire avec notre clientèle. Toute modification sera tracée dans le changelog ci-dessous.