J'ai eu peur d'écrire ce texte.
Pas peur des mots. Peur de ce qu'ils engagent. Reprendre la parole en son nom propre, après des années passées à la porter au nom d'un collectif, c'est accepter d'être vu, et donc d'avoir tort en public. C'est plus confortable de conseiller dans l'ombre. On y garde ses angles morts pour soi.
Alors autant commencer par là. HumanYo+Impact n'est pas une nouvelle enseigne. C'est un véhicule que j'avais mis de côté. En 2019, je l'ai apporté à un projet plus grand que moi, avec tout ce qu'il portait, mes actifs, mon réseau, ma manière de travailler. Ce projet a été juste pour ce qu'il devait faire, à son moment. Je n'ai rien à en démolir. Mais un véhicule qu'on gare trop longtemps finit par ne plus servir la route qu'on veut vraiment prendre. Je reprends le mien.
Le silence a un coût que personne ne facture
Pendant que je me taisais, un mot s'est vidé de son sens sous nos yeux. Impact. On le trouve partout, sur chaque site, dans chaque rapport annuel, au bas de chaque signature de courriel. Un mot qui veut tout dire ne protège plus rien. Et c'est exactement le problème que je veux nommer, à commencer par le fait qu'il est dans mon enseigne à moi aussi.
Il y a pire qu'un impact négatif. Il y a l'illusion d'un impact positif. Une organisation qui pollue le sait, au moins, et peut décider de changer. Une organisation persuadée de bien faire, avec un beau rapport à l'appui, n'a aucune raison de bouger. La bonne conscience est un anesthésiant. Elle endort précisément là où il faudrait rester lucide.
Reprendre la parole, pour moi, c'est refuser cet endormissement. Le mien d'abord.
Ce n'est pas un retour du gourou
Je sais comment ce genre de texte se lit. Un consultant qui relance sa marque, qui met son visage devant, qui réclame la lumière. Le conseil adore ses figures uniques. Un nom, une signature, une silhouette qui surplombe. J'ai longtemps cru que c'était la voie. Je n'y crois plus.
Un enjeu systémique ne se règle pas avec un sauveur. Il se règle avec une intelligence collective qui pense mieux qu'aucun de ses membres seul. Si je reprends la parole, ce n'est donc pas pour occuper le centre. C'est pour assumer une chose que la ruche ne peut pas assumer à ma place, tenir un cadre et prendre le risque de le dire tout haut. Un collectif sans voix qui tranche n'est pas une ruche, c'est une salle d'attente. La parole reprise sert l'assemblage, elle ne le remplace pas.
Voilà la tension que je choisis de tenir en public. Parler assez fort pour poser un cap. Assez humblement pour que d'autres le corrigent.
Ce que HumanYo remet au centre
Une conviction, que je soumets à votre contradiction. La durabilité authentique ne se mesure pas à nos intentions. Elle se mesure à ce que le vivant, lui, ne négocie pas. Des seuils réels, des limites qui existent qu'on les regarde ou non. Le reste est de la durabilité cosmétique, un rapport bien fait qui tient lieu de transformation.
C'est là que se joue mon travail. Aligner les humains, les organisations et les outils, y compris l'intelligence artificielle, sur ce qui a vraiment du sens, pour une économie régénérative plutôt qu'extractive. Pas un slogan. Une discipline, avec ses critères, ses contrôles et ses refus.
Je viens d'un parcours qui n'entre pas dans les cases. Autodidacte, non linéaire, à la croisée de la technologie, de la stratégie et de l'impact, entre le Québec et le Maghreb. J'ai longtemps vécu ça comme une anomalie à lisser. Je l'assume maintenant comme une manière de voir les angles que les trajectoires droites ne voient pas.
Ce qui s'en vient
Ce texte ouvre une série, « Angles morts de l'impact ». J'y retourne mes propres convictions contre moi-même, une à la fois. La durabilité qu'on maquille. Les seuils qu'on évite. L'intelligence artificielle qu'on croit neutre. Le gourou qu'on préfère à la ruche. Le récit d'innovation qu'on croit universel alors qu'il vient d'un seul imaginaire.
Je n'écris pas pour convaincre. J'écris pour être confronté. Une confrontation bienveillante, celle qui fait avancer, pas celle qui humilie.
Alors je commence par la question que je me pose à moi-même.