Blogue · Durabilité authentique

Nous sommes les grands-parents des générations futures

Sept limites planétaires franchies sur neuf. Et ce qui reste en main.

Ghani Kolli · juillet 2026 · HumanYo+Impact · durabilité authentique

Planter des arbres dont on ne verra jamais l'ombre. Nous sommes les grands-parents des générations futures. Être honnêtes avec les générations à venir.

Cette idée me suit partout ces temps-ci. Elle est en train de devenir l'un des ancrages les plus importants de ce que j'écrirai à l'avenir, alors autant commencer par la dire simplement.

Nous sommes les grands-parents des générations futures. Nous. Et comme la plupart des grands-parents, nous ne verrons probablement ni l'ampleur des dégâts que nous engendrons, ni l'amélioration, si elle vient. Celles et ceux qui viennent habiteront ce que nous avons décidé, longtemps après la fin de nos mandats.

Alors il nous reste une chose à faire de notre vivant. Être honnêtes. Avec nous-mêmes, et avec les générations à venir.

Être honnête, d'abord, sur l'état de la maison. Pendant près de douze mille ans, la Terre a offert un climat d'une stabilité rare, une période que les scientifiques appellent l'Holocène. Toute notre histoire, l'agriculture, les villes, nos institutions, tient dans cette parenthèse douce. Depuis 2009, une équipe internationale surveille neuf grands équilibres qui maintiennent cette stabilité. En septembre 2025, son rapport annuel a annoncé que le septième venait d'être franchi, l'acidification des océans. Sept sur neuf. Ces seuils font débat entre scientifiques, et le mot anthropocène attend toujours un statut géologique officiel. Je retiens le plus solide, la tendance des sept se dégrade, et sur la direction, personne ne conteste.

Cette honnêteté, je la vis en double. J'habite un pays du G7, l'un des plus riches de l'histoire, et j'y vois le plancher social et le plafond écologique se fissurer en même temps, les files s'allongent aux banques alimentaires pendant que les canicules s'installent. Ce n'est pas normal. Et je regarde l'Afrique, le continent d'où je viens, s'engager sur le même chemin de croissance extractive, comme si le modèle qui fissure nos maisons restait la seule voie offerte aux siennes. C'est épeurant. Et c'est doublement injuste, parce que ce continent porte des sagesses du vivant bien plus anciennes que ce modèle, l'Ubuntu qui dit je suis parce que nous sommes, des savoirs dépossédés par les empires coloniaux et jamais consultés pour bâtir le cadre qu'on leur applique aujourd'hui. Un cadre digne de ce nom se construirait avec ces peuples, pas seulement pour eux, encore moins sans eux. La richesse ne protège pas du dépassement, et le rattrapage mène au même mur.

Être honnête, ensuite, sur ce que nous ne pouvons pas. Aucun organisme communautaire, aucun hôpital, aucun réseau jeunesse ne fera reculer l'acidité des océans. Le dire autrement à son équipe serait insulter son intelligence. Les directions que j'accompagne le savent d'instinct, et c'est souvent ce qui les fait renoncer à en parler du tout.

La posture du grand-parent renverse ce renoncement. Et elle précise mon image de départ, la Terre n'a pas de thermostat, elle est une communauté de vivants dont nous faisons partie, et c'est de l'intérieur que nous agissons. Un grand-parent plante des arbres dont il ne verra jamais l'ombre. Il agit sans exiger de résultat de son vivant. Les Premières Nations de ce territoire pensent la décision sur sept générations depuis bien avant que Potsdam ou Stockholm n'existent. Une pensée de la responsabilité sans témoin.

Concrètement, une organisation sans pouvoir sur le thermostat planétaire garde trois choses en main. Sa conduite, ses achats, ses bâtiments, ses pratiques. Sa voix, dire ce qu'elle voit, et elle voit avant tout le monde, les canicules, les assiettes vides, les détresses arrivent dans ses files d'attente avant d'arriver dans les statistiques. Et son plancher, chaque personne nourrie, logée, écoutée, accompagnée vers l'emploi est une personne tenue au-dessus du seuil de dignité. Un centre communautaire de quartier, un réseau qui accompagne les jeunes de 15 à 35 ans tiennent ce plancher tous les jours sans jamais prononcer les mots limites planétaires. Je l'ai dit récemment en rencontre, et je le pense profondément, soutenir ceux qui soutiennent, c'est ce qui fait ma joie. C'est mon morceau de plancher à moi.

Il existe un quatrième levier, plus discret, l'intériorité de la personne qui dirige. Aucune organisation ne tient son plancher longtemps si celle qui la porte s'effondre en dedans. Celui-là mérite un texte à lui seul. Il viendra.

Des villes commencent à inscrire ces équilibres dans leurs plans. Nicolet vient de faire de sa planification stratégique 2026-2030 un plan de transition socioécologique, une première au Québec. Je m'en réjouis, et je reste prudent, un cadre adopté n'a encore rien transformé, et un beau schéma en couverture de plan stratégique peut devenir la prochaine durabilité cosmétique. L'honnêteté vaut aussi pour les bonnes nouvelles.

Elle vaut enfin pour moi. Je conseille des organisations en durabilité authentique, ce texte sert donc aussi mes affaires. Et je suis un grand-parent comme les autres, ma génération a engendré une bonne part des dégâts dont je parle. Je n'écris pas d'un balcon.

Rockström, l'un des scientifiques derrière ces neuf limites, estime que la décennie en cours est décisive. Peut-être. Ce dont je suis sûr est plus modeste. Ce que nos organisations font ou ne font pas maintenant s'écrit dans un livre que d'autres liront. Nos petits-enfants ne nous demanderont pas si nous avions le pouvoir. Ils nous demanderont ce que nous avons fait des leviers que nous avions.

Et toi, grand-parent des générations futures, qu'est-ce que tu tiens en ce moment dont tu ne verras jamais le fruit?

Pour suivre ce fil, un numéro à la fois, abonne-toi à l'infolettre Boussole-R. Et si une personne de ton entourage plante des arbres dont elle ne verra pas l'ombre, transmets-lui ce texte.
Transparence. Voix et réflexion de Ghani Kolli, rédaction augmentée par DorIA, éditée et signée par des mains humaines. HumanYo+Impact, design stratégique à impact, durabilité authentique.